Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Hippolyte éclata de nouveau, et à travers le rire prononça :

Et vous disiez que les dames russes ne valaient pas les dames françaises. Il faut savoir s’y prendre.

Pierre, arrivé le premier, comme un familier se rendit au cabinet de travail du prince André, et aussitôt, par habitude, s’allongea sur le divan, prit le premier livre du rayon (c’étaient les Mémoires de César) et, s’appuyant sur le coude, se mit à le lire au milieu.

— Qu’as-tu fait avec mademoiselle Schérer ? Elle va tomber malade ! — fit en entrant le prince André, en frottant ses mains fines et blanches.

Pierre se tourna si brusquement de tout le corps, que le divan craqua ; en regardant le prince André, il fit un geste de la main :

— Non, cet abbé est très intéressant, mais seulement il ne comprend pas les choses comme il faut… Selon moi la paix universelle est possible, mais je ne puis l’exprimer… Mais ce ne sera pas l’équilibre politique.

On voyait que le prince André ne s’intéressait pas à cette conversation abstraite.

Mon cher, il n’est pas possible de dire partout ce que l’on pense. Eh bien ! As-tu enfin décidé quelque chose ? Rentreras-tu dans la garde ou seras-tu diplomate ? — demanda le prince André après un moment de silence.