Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/78

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Mettant la bouteille dans l’embrasure de la fenêtre, afin de la pouvoir prendre facilement, Dolokhov, doucement et avec prudence, grimpa sur la fenêtre. Il abaissa les jambes en s’appuyant des deux mains sur le rebord de la fenêtre, s’arrangea, s’assit, baissa les mains, s’enfonça à droite, à gauche, et prit la bouteille. Anatole apporta deux bougies et les posa sur le rebord, bien qu’il fît tout à fait clair. Le dos de Dolokhov en chemise blanche, et sa tête bouclée, étaient éclairés des deux côtés. Tous se groupaient près de la fenêtre. L’Anglais était en avant, Pierre souriait et ne parlait pas. Un des assistants, le plus âgé, s’avança tout à coup avec un visage effrayé et colère ; il voulut saisir Dolokhov par la chemise.

— Mais c’est une folie, il se tuera, dit cet homme, le plus raisonnable de tous.

Anatole l’arrêta.

— Ne le touche pas, tu l’effrayeras et il se tuera, hein ? Qu’arrivera-t-il alors, hein ?

Dolokhov se retourna, se réinstalla et, de nouveau, s’appuya sur les mains.

— Si quelqu’un se mêle encore de mes affaires, fit-il en prononçant distinctement à travers ses lèvres minces et serrées, je le ferai immédiatement descendre par ici, hein !

En disant hein ! il se tourna de nouveau, cessa de s’appuyer sur les mains, prit la bouteille et la porta à ses lèvres, renversa la tête, et leva son bras libre,