Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/113

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« Mon Dieu, qu’éprouverais-je si l’Empereur s’adressait à moi ? Je mourrais de bonheur ! » pensa Rostov.

L’Empereur s’adressa aussi aux officiers.

— Messieurs, je vous remercie, tous, de tout mon cœur. (À chaque parole, Rostov croyait entendre des voix du ciel).

Comme Rostov eût été heureux de mourir maintenant pour son Empereur !

— Vous avez mérité les drapeaux de Saint-Georges et vous serez dignes d’eux !

— « Mourir, mourir pour lui, rien que mourir ! » pensait Rostov.

L’Empereur prononça encore quelque chose que Rostov n’entendit pas, et les soldats répondirent de toute la force de leurs poumons : Hourra !

Rostov aussi cria fort en se penchant sur sa selle.

Il désirait se faire mal en poussant ce cri, mais exprimer son enthousiasme pour l’empereur.

Celui-ci resta quelques secondes en face du hussard, comme s’il était indécis. « Comment l’Empereur peut-il être indécis ? » se dit Rostov. Et ensuite cette indécision même parut à Rostov majestueuse et charmante, comme tout ce que faisait l’Empereur.

L’indécision d’Alexandre ne dura qu’un instant. Son pied, chaussé de souliers pointus, comme on les portait alors, toucha la jument anglaise