Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/130

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Rostov, en souriant, rassura le dragon et lui donna l’argent.

— Allez, allez, dit le Cosaque en touchant de la main le prisonnier pour qu’il avançât.

— L’Empereur ! l’Empereur ! entendirent tout à coup les hussards. Tous couraient, se hâtaient, s’agitaient et Rostov vit s’avancer sur la route quelques cavaliers à plumets blancs. En un clin d’œil tous étaient à leur poste et attendaient.

Rostov ne se rendit pas compte comment il courut jusqu’à son poste et monta à cheval. Son regret de n’avoir pas participé à l’affaire, sa mauvaise humeur de se trouver toujours avec les mêmes personnes, toute pensée égoïste disparurent instantanément. Il était tout absorbé par le sentiment de bonheur que lui causait la présence de l’Empereur. À elle seule, elle le récompensait de l’ennui de ce jour. Il était heureux comme un amant qui a obtenu le rendez-vous désiré. Dans le rang, n’osant pas se retourner, il sentait son approche par un instinct passionné et non par le bruit des sabots des chevaux de la cavalerie qui s’approchait ; il le sentait parce qu’au fur à mesure de l’approche, autour de lui, tout devenait plus clair, plus joyeux, plus important, plus solennel ; à mesure que le soleil s’avancait en répandant autour de lui les rayons d’une lumière douce, majestueuse, il se sentait saisi par ces rayons, il entendait sa voix, cette voix caressante, calme,