Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/131

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majestueuse et ample. Comme Rostov sentait que ce devait être, un silence de mort s’établit, et dans ce silence éclata la voix de l’empereur.

Les huzards de Pavlograd ? fit-il interrogativement.

La réserve, sire, répondit une voix quelconque, très humaine après cette voix surhumaine qui avait dit : les huzards de Pavlograd ?

L’empereur était près de Rostov, il s’arrêta. Le visage d’Alexandre était encore plus beau qu’à la revue, trois jours avant. Il brillait de tant de gaîté, de jeunesse innocente qu’il rappelait le rayonnement d’un enfant de quatorze ans, et en même temps, c’était l’éclat du visage du grand empereur. En parcourant du regard l’escadron, par hasard les yeux de l’empereur rencontrèrent ceux de Rostov et pour deux secondes à peine s’arrêtèrent sur eux. L’empereur comprit-il ce qui se passait dans l’âme de Rostov (Rostov pensa qu’il avait tout compris), mais pendant deux secondes il fixa ses yeux bleus (une lumière douce et tendre en jaillissait) sur le visage de Rostov.

Puis, tout à coup, il souleva les sourcils, d’un mouvement brusque frappa du pied gauche son cheval et, au galop, partit en avant. Le jeune empereur ne pouvait s’abstenir du désir d’assister au combat, et malgré les observations des courtisans, à midi, laissant la troisième colonne avec laquelle il marchait, il galopa sur l’avant-garde. En-