Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/133

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habitué, regardait avec indifférence, sans bouger. Un aide de camp descendit de cheval, prit le soldat sous les bras et l’installa sur un brancard.

Le soldat gémissait.

— Plus doucement ! plus doucement ! Ne peut-on pas plus doucement ? prononça l’empereur, qui semblait souffrir davantage que le soldat mourant ; et il s’éloigna.

Rostov vit que des larmes emplissaient les yeux de l’empereur, et, comme il s’éloignait, il l’entendit dire à Czartorisky :

Quelle horrible chose que la guerre !

Les troupes d’avant-garde se disposaient devant Vischau en face des ennemis qui, durant toute la journée, nous cédaient la place à la moindre escarmouche. Les remerciements de l’Empereur furent transmis à l’avant-garde ; des décorations étaient promises ; les soldats reçurent double ration d’eaude-vie. Plus gaiment encore que dans la nuit précédente, les bûchers brillaient, les chansons des soldats retentissaient. Denissov, cette nuit-là, fêtait son avancement au grade de major, et Rostov, qui avait déjà bu pas mal à la fin du banquet, proposa un toast à la santé de l’empereur : « Pas l’empereur imperator, comme on dit aux banquets officiels, mais à la santé de l’empereur, l’homme bon, charmant et grand. Buvons à sa santé et à sa victoire certaine sur les Français ! »

« Si auparavant nous avons combattu, dit-