Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/134

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il, si nous n’avons pas cédé aux Français comme à Schœngraben, que sera-ce maintenant que l’empereur est devant nous ! Nous mourrons tous avec plaisir, nous mourrons pour lui ! N’est-ce pas, messieurs. Je ne m’exprime peut-être pas bien, j’ai bu beaucoup, mais je sens comme ça et vous aussi. À la santé d’Alexandre Ier, hourra ! »

— Hourra ! répétèrent les voix avinées des officiers.

Et le vieux chef de compagnie Kirsten cria avec animation et non moins franchement que Rostov, jeune homme de vingt ans.

Quand les officiers eurent bu et brisé leurs verres, Kirsten en remplit d’autres et, en bras de chemise, un verre à la main, il s’approcha des bûchers des soldats, et dans une pose majestueuse, agitant haut la main, ses moustaches longues et grises et sa poitrine blanche qu’on apercevait derrière sa chemise ouverte, il s’arrêta dans la lumière des bûchers.

— Enfants ! À la santé de l’empereur ! À la victoire sur les ennemis ! Hourra ! cria-t-il de son fort baryton de vieux hussard.

Les hussards se serrèrent et tous répondirent par de grands cris.

Très tard dans la nuit, quand tous se furent séparés, Denissov tapa de sa main courte l’épaule de son favori Rostov.

— Voilà, en campagne, on ne sait de qui s’amou’acher, alo’s il s’est ép’is de l’Empe’eur !