Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/146

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Koutouzov, en uniforme déboutonné, d’où émergeait un cou gras, était assis dans un voltaire, ses mains potelées de vieillard posées symétriquement sur les bras du fauteuil, et presque endormi. Au son de la voix de Veyroter avec un effort il ouvrit son œil unique.

— Oui, oui, je vous en prie, il est déjà tard, prononça-t-il en hochant la tête, la baissant et de nouveau fermant les yeux.

Si, au commencement, les membres du conseil pouvaient penser que Koutouzov feignait de dormir, alors les sons émis par son nez, durant la lecture suivante, prouvaient, qu’en ce moment, pour le général en chef, il s’agissait d’une chose bien plus importante que le désir de montrer du mépris pour la disposition ou pour n’importe quoi. Il s’agissait pour lui de la satisfaction de l’invincible besoin humain de sommeil. En effet, il dormait. Veyroter, avec le mouvement de l’homme trop occupé pour perdre un moment, jeta un regard sur Koutouzov et, s’étant convaincu qu’il dormait, il prit le papier et d’une voix haute, monotone, se mit à lire la disposition de la bataille future, sous le titre qu’il lut aussi :

« Dispositions des troupes pour l’attaque des positions ennemies derrière Kobelnitz et Sokolnitz, le 20 novembre 1805. »

La disposition était très compliquée et très difficile. Elle était ainsi conçue :