Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/150

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que s’il avait eu en sa présence des écoliers, qu’il avait affaire non pas à des sots, mais à des hommes qui pouvaient lui en remontrer dans les questions militaires. Quand le son monotone de la voix de Veyroter s’arrêta, Koutouzov ouvrit les yeux, comme un meunier qui s’éveille à l’interruption du bruit endormant des roues du moulin. Il écouta ce que disait Langeron et sembla dire : « Ah ! vous en êtes toujours aux mêmes bêtises ! » Et il referma hâtivement les yeux et baissa la tête encore davantage.

En s’efforçant de blesser le plus fortement possible Veyroter dans son amour-propre militaire d’auteur, Langeron prouvait que Bonaparte pouvait facilement attaquer au lieu d’être attaqué et rendre ainsi toutes ces dispositions inutiles. À toutes ces objections, Veyroter répondait par un sourire ferme et méprisant, évidemment préparé à l’avance pour chaque objection, quelle qu’elle pût être.

— S’il pouvait nous attaquer, il l’aurait fait aujourd’hui, dit-il.

— Alors, vous pensez qu’il est sans forces ? demanda Langeron.

— S’il a quarante mille hommes c’est beaucoup, répondit Veyroter avec le sourire fin d’un docteur à qui une bonne femme de campagne veut indiquer un remède.

— Dans ce cas, il marche à sa perte en attendant