Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/159

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pas osé. Oui, c’est de la blague. Mais surtout ne pas oublier ce que j’ai pensé. Oui, Natachka. Oui, oui, oui. C’est bon. » Et de nouveau sa tête retombait sur le cou du cheval. Soudain il lui sembla qu’on venait de tirer sur lui. « Quoi, quoi ! qui frappe ? » — dit-il en s’éveillant. Au moment où il ouvrait les yeux, Rostov entendit devant lui, là où était l’ennemi, les cris prolongés de milliers de voix. Son cheval et celui du hussard qui chevauchait près de lui dressèrent les oreilles. À cet endroit, d’où l’on entendait des cris, des feux, l’un après l’autre, s’enflammaient et s’éteignaient, et par toute la ligne des troupes françaises, sur la colline, des feux s’allumaient et des cris s’élevaient de plus en plus. Rostov entendait déjà le son des mots français mais ne pouvait les comprendre. Trop de voix résonnaient. On n’entendait que Raaaa ! Rrrrrrrr !

— Qu’est-ce que c’est ? Qu’en penses-tu ? demanda Rostov au hussard qui était près de lui. C’est chez l’ennemi ?

Le hussard ne répondit pas.

— Eh bien ! n’entends-tu pas ? — fit Rostov qui attendait en vain la réponse.

— Qui le sait, votre Seigneurie ! répondit de mauvaise grâce le hussard.

— Par la position, ce doit être l’ennemi, — répéta Rostov.

— Peut-être oui, peut-être non, dit le hus-