Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/158

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À gauche, on apercevait une pente douce, éclairée, et en face un mamelon noir qui semblait droit comme un mur. Sur ce mamelon, paraissait une tache blanche, tout à fait inexplicable pour Rostov. Était-ce une plaine dans la forêt éclairée par la lune ou la neige pas encore fondue ou des maisons blanches ? Il lui semblait même que quelque chose remuait sur cette tache blanche. « C’est sans doute de la neige, cette tache… une tache, pensa Rostov. Mais non, pas une tache… Natacha, ma sœur, les yeux noirs, Natachka (comme elle sera étonnée quand je lui dirai que j’ai vu l’Empereur !) Natachka, Natachka… »

— Serrez à droite, votre Seigneurie, ici, il y a des buissons, dit la voix d’un hussard devant qui Rostov passait endormi. Rostov releva sa tête déjà penchée jusque sur la crinière de son cheval et s’arrêta près du hussard. Le sommeil juvénile, enfantin s’emparait de lui invinciblement. « Oui, à quoi pensais-je ? pour ne pas oublier… Comment je parlerai à l’Empereur ? Non, pas ça. C’est demain. Oui, oui, Natachka. Qui ? Les hussards. Les hussards, les moustaches. Ce hussard aux moustaches a passé par la rue Tverskaia, j’ai pensé à lui encore en face de la maison Gouriev… Le vieux Gouriev… Ah ! bon, bon garçon, Denissov !… Oui tout est bêtise. Le principal c’est que maintenant l’Empereur est ici. Quand il m’a regardé il a voulu dire quelque chose mais il n’osait pas… Non, c’est moi qui n’ai