Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/161

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le phénomène étrange des feux et des cris dans l’armée ennemie. Rostov s’approcha de Bagration, lui fit son rapport, et, se joignant aux aides de camp, écouta ce que disaient les généraux.

— Croyez-moi, ce n’est qu’une ruse, — disait Dolgoroukov à Bagration. — Ils se retirent, et l’on a ordonné à l’arrière-garde d’allumer les feux et de faire du bruit pour nous tromper.

— Je ne crois pas, dit Bagration. Ce soir, je les ai vus sur cette colline. S’ils reculent, alors ils ont décampé de là. Monsieur l’officier, sont-ils encore là-bas, les éclaireurs ? demanda-t-il à Rostov.

— Ils y étaient ce soir, mais maintenant je l’ignore, Votre Excellence. Si vous me l’ordonnez, j’irai avec les hussards.

Bagration s’arrêta et, sans répondre, tâcha de distinguer le visage de Rostov, en dépit du brouillard.

— Eh bien ! Allez, fit-il après un court silence.

— J’obéis.

Rostov éperonna son cheval, appela le sous-officier Fedtchenko et deux hussards, et, leur ordonnant de le suivre, il descendit au trot la colline dans la direction des cris incessants. Rostov, avec un frisson joyeux, allait seul, suivi de trois hussards, dans ce lointain brumeux, mystérieux et dangereux, où personne n’était allé avant lui. De la colline, Bagration lui cria de n’aller pas plus loin que le ruisseau, mais Rostov feignit de ne pas entendre,