Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/174

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travers le brouillard il voyait, dans la profondeur fermée par deux montagnes, que près du village Pratzen les colonnes russes avec leurs baïonnettes brillantes, s’avancaient toujours dans la même direction, vers les ravins, et l’une après l’autre, disparaissaient dans l’immense brouillard. D’après les renseignements qu’il avait reçus le soir, au bruit des pas et des roues entendu la nuit aux avant-postes, au désordre du mouvement des colonnes russes, conformément à ses suppositions, il voyait clairement que les alliés le croyaient loin devant eux, que les colonnes en mouvement près de Pratzen formaient le centre de l’armée russe, et que le centre était déjà trop faible pour une attaque victorieuse. Mais il ne commençait pas encore l’affaire.

Ce jour était pour lui un jour solennel : l’anniversaire de son couronnement. Avant le lever du soleil il s’endormit pour quelques heures et bien portant, gai, reposé, dans cette disposition d’esprit où tout semble possible et assuré, il monta à cheval et partit dans le champ.

Il se tenait immobile, regardant les hauteurs qu’on apercevait à travers le brouillard, et sur son visage froid passait cette nuance du bonheur sûr et mérité qu’on rencontre sur le visage d’un garçon amoureux et heureux.

Les maréchaux se tenaient derrière lui et n’osaient le troubler. Il regardait tantôt les hauteurs