Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/181

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régiment devant lequel se tenait Koutouzov commencèrent à crier, il se recula un peu en côté, et les sourcils froncés se détourna.

Sur la route de Pratzen, on eût dit que galopait un escadron entier de cavaliers de diverses couleurs. Deux cavaliers, d’un galop rapide, passaient devant tous les autres. L’un d’eux était en uniforme noir avec un plumet blanc ; il montait un alezan ; l’autre, en uniforme blanc, avait un cheval noir. C’étaient les deux empereurs et leur suite. Koutouzov, avec l’affectation d’un subordonné dans les rangs, commanda : « Fixe ! » et avec un salut militaire s’approcha de l’empereur. Toute sa personne et son attitude changèrent d’un coup. Il prenait l’air d’un subordonné qui ne discute pas. Avec l’affectation d’un respect qui paraissait frapper désagréablement l’Empereur Alexandre, il s’approcha et le salua.

Une impression désagréable, tel le reste d’un nuage sur le ciel clair, passa sur le visage jeune et heureux de l’empereur, puis disparut. Après son indisposition il était maintenant un peu plus maigre que sur le champ d’Olmütz où Bolkonskï l’avait vu pour la première fois à l’étranger, mais dans ses beaux yeux gris et sur ses lèvres fines, la même union charmante de majesté et de douceur, la même mobilité d’expression, et surtout l’impression de la jeunesse naïve, innocente.

À la revue d’Olmütz, il était plus majestueux ;