Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/182

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ici il était plus gai et plus énergique. Il était un peu rouge, et après avoir parcouru au galop trois verstes, il avait arrêté son cheval pour respirer à pleins poumons et regarder les visages jeunes et animés comme le sien, des personnes de sa suite. Czartorisky, Novosiltzov, prince Volkonski, Stroganov, et les autres, tous jeunes gens gais, richement habillés, montés sur des chevaux soignés, frais, un peu en sueur, en causant et souriant s’arrêtaient derrière l’empereur. L’empereur Frantz, jeune homme roux, au visage long, était très droit sur son beau cheval noir et, soucieux, regardait lentement autour de lui. Il appela un de ses aides de camp, vêtu de blanc, et lui demanda quelque chose. « Probablement à quelle heure ils sont partis ? » pensa le prince André en observant sa vieille connaissance avec un sourire qu’il ne pouvait réprimer au souvenir de son audience. Dans la suite des empereurs se trouvaient des écuyers d’élite, Russes et Autrichiens, des régiments de la garde et de l’infanterie. Des écuyers menaient, sous des couvertures brodées, les beaux chevaux de réserve des empereurs.

Comme si, par une fenêtre ouverte, entrait tout à coup dans une salle étouffante l’air pur des champs, de même, soufflait sur l’état-major peu gai de Koutouzov, la jeunesse, l’énergie, l’assurance du succès de cette brillante jeunesse qui arrivait.