Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/189

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seulement difficile d’arrêter cette foule, mais impossible de ne pas être entraîné par elle. Bolkonskï s’efforcait seulement ne pas reculer et regardait autour de lui, stupéfait, sans pouvoir comprendre ce qui se passait sous ses yeux. Nesvitzkï, l’air furieux, rouge, méconnaissable, criait à Koutouzov que s’il ne partait pas immédiatement il serait sûrement fait prisonnier. Koutouzov restait à la même place et, sans répondre, il tira son mouchoir. Du sang coulait sur sa joue. Le prince André se fraya un passage jusqu’à lui.

— Vous êtes blessé ? — demanda-t-il retenant avec peine le tremblement de sa mâchoire inférieure.

— La blessure n’est pas ici, mais là ! — dit Koutouzov en serrant le mouchoir sur sa joue blessée et désignant les fuyards.

— Arrêtez-les ! cria-t-il, et en même temps, se convainquant sans doute qu’il était impossible de les arrêter, il frappa son cheval et s’élança à droite.

La foule montante des fuyards l’attrapa et l’entraîna en arrière.

Les troupes couraient en foule si compacte, qu’une fois tombé au milieu, il était, difficile d’en sortir.

L’un criait : « Va ! Pourquoi t’arrêtes-tu ? » L’autre, se tournant, tirait en l’air. Un troisième frappait le cheval de Koutouzov lui-même. Avec les plus grands efforts, Koutouzov, se débarrassant du courant de la foule, sortit à gauche avec sa suite