Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/197

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plus en plus en plus loin, pénétrant dans les troupes qui prenaient part au combat. « Comment sera-ce là-bas, je ne sais, mais ce sera bien ! » pensait Rostov.

En dépassant des troupes autrichiennes, Rostov remarqua qu’une partie de la ligne suivante (c’était la garde) était déjà rentrée dans l’action.

« Tant mieux, je verrai de près, » se dit-il. Il marchait presque sur la ligne de devant ; quelques cavaliers venaient à lui au galop. C’étaient nos uhlans de la garde dont les rangs étaient rompus et qui revenaient de l’attaque. Rostov les croisa : en passant, involontairement, il en remarqua un d’entre eux, ensanglanté, et galopa plus loin. « Peu m’importe ! » pensait-il. Il n’avait pas fait quelques centaines de pas après cela, qu’à sa gauche, lui barrant la route, se montrait sur toute l’étendue des champs une masse énorme de cavaliers sur des chevaux noirs, en uniformes blancs, éblouissants, qui, au trot, venaient droit à sa rencontre. Rostov lâcha le cheval bride abattue pour s’écarter du chemin de ces cavaliers, et il leur eût échappé s’ils eussent conservé leur allure ; mais ils accéléraient toujours la marche, si bien que certains chevaux couraient déjà au galop. Rostov percevait de plus en plus leur piétinement, le cliquetis de leurs armes, il voyait plus distinctement leurs chevaux, leurs personnes et même leurs visages. C’étaient nos chevaliers-gardes ; ils marchaient