Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/198

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à l’attaque de la cavalerie française qui s’ébranlait à leur rencontre.

Les chevaliers-gardes galopaient mais retenaient encore leurs chevaux. Rostov voyait déjà leurs visages, et entendait le commandement : « Marche ! marche ! » prononcé par l’officier qui poussait à toute vitesse son cheval de race. Rostov, ayant peur d’être écrasé ou entraîné dans l’attaque contre les Français, courait le long du front, de toutes les forces de son cheval ; malgré tout, il ne réussit pas à les éviter.

Le chevalier-garde qui était à l’autre extrémité, un géant, un homme grêlé, fronça avec colère les sourcils en apercevant devant soi Rostov qu’il devait inévitablement heurter, et il l’eût littéralement écrasé ainsi que son Bédouin (Rostov se sentait lui-même tout petit et tout faible en comparaison de ces hommes et de ces chevaux énormes), si Rostov n’avait eu l’idée d’agiter sa cravache dans les yeux du cheval du chevalier-garde. Le cheval noir, massif, bondit en aplatissant les oreilles ; mais le cavalier grêlé lui enfonça dans les côtes d’énormes éperons et le cheval, en agitant la queue et tendant le cou, s’élança encore plus vite. Le chevalier-garde avait à peine dépassé Rostov qu’il entendait leurs cris : Hourra ! et, qu’en se détournant, il vit leurs premiers rangs se mêler à d’autres cavaliers en épaulettes rouges, des Français probablement. Plus loin, on ne pouvait rien