Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/199

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voir, parce qu’aussitôt après, de quelque endroit, on commençait à tirer le canon et tout se couvrait de fumée.

Au moment le chevalier-garde dépassant Rostov disparaissait dans la fumée, celui-ci hésita : fallait-il les suivre ou aller où on l’envoyait ? C’était cette brillante attaque des chevaliers-gardes qui étonna même les Français. Plus tard, Rostov eut l’horreur d’apprendre que de cette foule de beaux hommes, de jeunes et riches officiers et junkers qui montaient des chevaux de prix, il ne restait plus après l’attaque, que dix-huit hommes.

« Pourquoi les envier, mon tour viendra, et peut-être tout de suite verrai-je l’empereur, » pensa Rostov, et il galopa plus loin.

Une fois au niveau de l’infanterie de la garde, il remarqua que des boulets volaient derrière et autour d’elle. Il apercevait cela, moins parce qu’il entendait le son des canons qu’à l’inquiétude qui couvrait les visages des soldats et des officiers et à la solennité inusitée, guerrière. En passant derrière l’un des régiments de l’infanterie de la garde il entendit une voix qui l’appelait par son nom :

— Rostov !

— Quoi ? répondit-il, ne reconnaissant pas Boris.

— Comment, nous étions dans la première ligne ! Notre régiment était à l’attaque ! — dit Bo-