Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/211

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l’Empereur semblait pleurer, et, se couvrant les yeux avec la main, serrait la main de Tol.

« Et je pourrais être à sa place », pensa Rostov. Et retenant à peine des larmes de pitié pour le sort de l’Empereur, tout à fait désespéré, il partit plus loin, ne sachant où ni pourquoi il marchait.

Son désespoir était d’autant plus vif qu’il sentait que sa propre faiblesse était cause de sa douleur.

Il aurait pu — non seulement il aurait pu, — il aurait dû s’approcher de l’Empereur ; c’était une occasion unique de lui montrer son dévouement. Et il n’en avait pas profité.

« Qu’ai-je fait ? »… pensa-t-il. Faisant volte-face il retourna à cet endroit où il avait vu l’Empereur. Mais il n’y avait plus personne derrière le fossé. Il ne vit que des chariots et des voitures qui passaient par là. Rostov apprit d’un des conducteurs que l’état-major de Koutouzov se trouvait non loin d’ici, dans un village où se rendaient les fourgons. Rostov les suivit.

Devant lui marchait l’écuyer de Koutouzov ; il conduisait des chevaux protégés par une couverture. Un camion suivait l’écuyer, et derrière marchait un vieux domestique aux jambes arquées couvert d’une pelisse courte de peau d’agneau.

— Tite ! Eh ! Tite ! dit l’écuyer.

— Quoi ? répondit distraitement le vieux.

— Tite va battre !