Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/216

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XIX

Sur la montagne de Pratzen, gisait le prince André Bolkonskï, à ce même endroit où il était tombé, la hampe du drapeau dans la main. Perdant le sang, évanoui, il poussait un gémissement plaintif, faible, enfantin.

Vers le soir, il cessa de gémir et se tut tout-à-fait. Il ne savait combien de temps avait duré son évanouissement. Tout-à-coup il se sentait de nouveau vivant, et souffrant d’un mal violent qui lui déchirait la tête.

« Où est-il, ce haut ciel que je ne connaissais pas et que j’ai vu aujourd’hui pour la première fois ? » Telle fut sa première pensée. « Et cette souffrance, que je ne connaissais pas non plus. Oui, jusqu’à présent, je ne savais rien, rien. Mais où suis-je ? » Il se mit à écouter et perçut le piétinement des chevaux qui s’approchaient, et le son de voix qui parlaient français. Il ou-