Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/218

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étaient dites par Napoléon et se rapportaient à lui. Il entendait qu’on appelait sire celui qui les prononçait. Mais il les entendait comme le bourdonnement d’une mouche. Non seulement il ne s’y intéressait pas, mais il ne les remarqua pas et les oublia aussitôt. Sa tête brûlait, il sentait son sang couler, il voyait au-dessus de lui le ciel lointain, haut, infini. Il savait que c’était son héros, Napoléon, mais à ce moment, Napoléon lui semblait un homme si petit, si minime en comparaison de ce qui se passait maintenant entre son âme et ce haut ciel infini où couraient des nuages !… Maintenant il se souciait peu qu’on s’arrêtât près de lui, qu’on dît de lui n’importe quoi, néanmoins il était content que des hommes se fussent arrêtés près de lui, et il désirait que ces hommes l’aidassent et le ramenassent à la vie qui lui semblait si belle, maintenant qu’il la comprenait autrement. Il rassembla toutes ses forces, pour remuer, émettre un son. Il agita faiblement la jambe et produisit un son maladif, faible, qui l’apitoya lui-même.

— Ah ! il vit ! — dit Napoléon. — Soulevez ce jeune homme et conduisez-le à l’ambulance !

Puis Napoléon partit plus loin, à la rencontre du maréchal Lannes qui, soulevant son chapeau, s’approchait de l’empereur et le félicitait de la victoire.

Le prince André ne se souvenait plus de ce qui se fit après. Il n’avait plus conscience des souf-