Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/234

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sais que Sonia est mon amie, et une telle amie que pour elle je me suis brûlé le bras ; tiens, regarde. Elle retroussa sa manche de mousseline, et sur son bras long, mince, doux, beaucoup au-dessus du coude, près de l’épaule, juste à cet endroit que cachent les robes de bal, elle montra une tache rouge.

— Je me suis brûlée pour elle, pour lui prouver mon affection. J’ai tout simplement rougi la règle au feu et l’ai posée là.

Assis dans son ancienne salle d’étude, sur le divan avec des coussins, et voyant les yeux brillants et animés de Natacha, Rostov entrait de nouveau dans son monde de famille enfantin, qui n’avait de sens pour personne, sauf pour lui, mais qui lui donnait les meilleurs plaisirs de la vie, et la brûlure du bras avec la règle comme preuve d’amour ne lui semblait pas inutile ; il le comprenait et ne s’en étonnait pas.

— Alors quoi ? Seulement cela ? demanda-t-il.

— Ah ! nous sommes si amies, si amies ! La brûlure ce n’est rien, c’est une bêtise. Nous sommes amies pour toujours. Quand elle aime quelqu’un c’est pour toujours, et moi je ne comprends pas cela, j’oublierais immédiatement.

— Eh bien ! quoi donc ?

— Oui, elle m’aime et elle t’aime. — Soudain Natacha rougit. — Eh bien, tu te rappelles avant ton départ ?… Alors, elle dit que tu oublies tout…