Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/233

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s’asseoir. Toutes deux avaient la même robe : bleu clair ; toutes deux étaient fraîches, rouges et gaies. Sonia s’enfuit et Natacha, après avoir pris son frère sous le bras, l’emmena au divan et ils se mirent à causer. Ils n’en finissaient pas de s’interroger l’un l’autre et de répondre aux questions sur des milliers de petits riens qui ne pouvaient intéresser qu’eux seuls. Natacha riait à chaque mot, non parce qu’ils étaient drôles, mais parce qu’elle était gaie et que, n’étant pas capable de contenir sa joie, elle l’exprimait par le rire. — Ah ! comme c’est bien ! À merveille ! — ajoutait-elle à tout. Pour la première fois depuis un an et demi, Rostov, sous l’influence des chauds rayons de l’amour, sentait s’épanouir en son âme et sur son visage ce sourire enfantin qu’il n’avait pas eu une seule fois depuis son départ de la maison. — Non, écoute, dit-elle, maintenant tu es tout à fait un homme ? Je suis très heureuse que tu sois mon frère. Elle touchait sa moustache. Je veux savoir comment vous êtes des hommes. Est-ce que vous nous ressemblez ? Non ?

— Pourquoi Sonia s’est-elle enfuie ? — demanda Rostov.

— Oh ! c’est toute une histoire ! Comment lui parleras-tu ? Tu ou vous ?

— Comme ça se trouvera.

— Dis-lui vous, je t’en prie. Après je te dirai pourquoi. Eh bien ! je te le dirai maintenant ; tu