Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/241

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Sonia, mais au contraire, s’en éloignait. Elle était très belle, charmante, et on voyait qu’elle l’aimait passionnément, mais il était à cette période de la jeunesse où il semble y avoir tant de choses qu’on n’a pas le temps de s’occuper de celle-ci et qu’on a peur de se lier ; la liberté lui paraissait nécessaire pour une foule d’autres choses. Quand il pensait à Sonia pendant ce séjour à Moscou, il se disait : « Eh ! il y en aura encore beaucoup d’autres pareilles ; il y en a quelque part là-bas, que je ne connais pas encore, j’aurai le temps quand je voudrai m’occuper d’amour, mais maintenant je n’ai pas le temps. » En outre, la société des fillettes lui paraissait humiliante pour sa dignité d’homme. Il allait au bal et dans la société des femmes, en feignant de le faire contre sa volonté. Les courses, le club anglais, la noce avec Denissov, les visites là-bas, c’était une autre affaire, c’était convenable pour un brave hussard.

Au commencement de mars, le vieux comte Ilia Andréiévitch Rostov s’occupait de l’organisation d’un banquet au club anglais pour la réception du prince Bagration.

Le comte marchait dans le salon, en robe de chambre, en donnant des ordres au gérant du club et au célèbre Théoctiste, chef cuisinier du club anglais, sur les asperges, les concombres frais, les fraises, le veau, les poissons, pour le dîner du prince Bagration. Depuis la fondation du club, le