Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/266

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disais toute la vérité. Je crois que cette affaire n’a pas de motifs assez sérieux, qu’elle ne demande pas qu’on verse le sang… Vous avez été vif, vous n’aviez pas absolument raison, vous vous êtes emporté…

— Oui, c’est affreusement bête, dit Pierre.

— Alors, permettez-moi de transmettre vos regrets. Je suis convaincu que votre adversaire consentira à accepter vos excuses, — dit Nesvitzkï comme tous ceux qui prennent part à des affaires de ce genre, il ne croyait pas encore qu’elle finirait par un duel ; vous savez, comte, qu’il est beaucoup plus noble de reconnaître sa faute que de mener les choses jusqu’à l’irréparable. Il n’y a pas eu outrage ni d’un côté ni de l’autre, permettez-moi d’arranger.

— Non, à quoi bon, dit Pierre ; ça ne changera rien… Alors tout est prêt ? — ajouta-t-il. — Dites-moi seulement où il faut marcher et comment tirer. Et il souriait d’un sourire doux et contraint. Il prit à la main le pistolet et interrogea sur la façon de tirer, car jusqu’alors il n’avait eu une telle arme entre les mains et ne voulait pas l’avouer.

— Ah ! oui, comme ça, je sais, j’ai oublié, dit-il.

— Aucune excuse, absolument rien, — disait Dolokhov à Denissov (qui de son côté faisait des tentatives de conciliation) ; et il s’approcha de l’endroit indiqué.