Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/276

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


femmes, vieux et jeunes, l’effet qu’elle produisait, Pierre ne pouvait comprendre pourquoi il ne l’aimait pas : « Non, je ne l’aimai jamais, se disait-il. Je la savais une débauchée ; mais je n’osais pas me l’avouer. »

« Et maintenant, Dolokhov gît sur la neige, s’efforce de sourire et meurt peut-être, en répondant à mon repentir par une bravoure feinte ! »

Pierre était un de ces hommes qui, malgré leur faiblesse apparente de caractère, ne cherchent pas de confidents pour leurs douleurs. Seul, en soi-même il élaborait la sienne.

« Elle seule est coupable de tout, de tout, se disait-il. Mais quelle conclusion ? Pourquoi me suis-je lié avec elle ? Pourquoi lui ai-je dit : je vous aime, ce qui était un mensonge, ou pire… Je suis coupable et je dois supporter… quoi ? La honte de mon nom ; le malheur de ma vie ? Mais tout cela n’est que blague : la honte du nom ! l’honneur ! tout cela n’est que convention ; tout est indépendant de moi ! »

« On a supplicié Louis XVI parce qu’ils l’ont déclaré sans honneur et criminel — pensait tout à coup Pierre, — et de leur point de vue ils avaient raison, de même qu’avaient raison ceux qui, pour lui, souffrirent la mort des martyrs et ceux qui en firent un saint. Ensuite on a supplicié Robespierre parce qu’il était un despote. Qui a raison ? qui est coupable ? Personne. Aujourd’hui tu es vivant,