Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/291

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du prince, ne rentrait presque jamais dans sa chambre.

— Je suis venue un peu avec toi, Machenka, et voilà j’ai apporté les cierges du mariage du prince pour les allumer devant la sainte Icône, mon ange, fit la vieille bonne en soupirant.

— Ah ! comme je suis contente, ma bonne.

— Que Dieu te garde, ma colombe !

La vieille bonne alluma devant les images le cierge orné de filigrane, et avec son tricot s’assit près de la porte. La princesse prit un livre et se mit à lire. Mais quand elle entendait des pas ou des voix, effrayée, elle prenait un air interrogateur, et la bonne, d’un air tranquille, regardait.

Ce même sentiment qu’éprouvait la princesse Marie dans sa chambre, était répandu dans tous les coins de la maison. Vu cette tradition que moins il y a de personnes à savoir qu’une femme est en mal d’enfant, moins elle souffre, tous feignaient de l’ignorer. Personne n’en parlait, mais chez tous, outre la gravité et le respect ordinaires qui étaient de règle dans la maison du prince, on remarquait un souci général quelconque, une sorte d’attendrissement et la conviction qu’un événement grand, incompréhensible s’accomplissait en ce moment.

Dans la grande chambre des bonnes on n’entendait pas de rires. À l’office tous les domestiques étaient assis en silence, attendant quelque chose.