Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/310

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— « Il s’est passé quelque chose », pensa celui-ci. Sa supposition se fortifia encore par ce fait que Dolokhov partit assitôt après le dîner. Il appela Natacha et lui demanda ce qui s’était passé.

— Et moi, je te cherchais, dit Natacha en accourant vers lui. — Je te le disais ; tu ne voulais pas me croire, fit-elle l’air triomphant. Il a demandé Sonia.

Nicolas, tous ces derniers temps, avait beaucoup négligé Sonia, mais cependant, quelque chose se brisa en lui quand il entendit cela. Dolokhov était un parti très convenable et, sous un certain rapport, brillant pour Sonia, orpheline sans dot. Du point de vue de la comtesse et du monde on ne pouvait refuser. C’est pourquoi, en entendant cela, le premier sentiment de Nicolas était de la colère contre Sonia. Il se préparait à dire : « Eh bien ! Sans doute, il faut oublier les promesses enfantines et accepter les demandes… » Mais il n’eut pas le temps de prononcer ces paroles.

— Peux-tu t’imaginer ! Elle a refusé, refusé carrément, dit Natacha. Elle a dit qu’elle en aime un autre, ajouta-t-elle après un court silence.

« Mais ma Sonia ne pouvait agir autrement, » pensa Nicolas.

— Maman a eu beau la prier, elle a refusé et je sais qu’elle ne changera pas ; quand elle dit quelque chose…