Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/320

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leur rencontre. Le regard clair et froid de Dolokhov joignit Rostov près de la porte. On eût dit qu’il l’attendait depuis longtemps.

— Il y a longtemps que nous ne nous sommes vus, dit-il. Merci d’être venu. Voilà, je finis seulement cette banque, puis Iluchka viendra avec son chœur.

— Je suis allé chez toi, dit Rostov en rougissant. Dolokhov ne lui répondit pas.

— Tu peux choisir une carte, dit-il.

À ce moment, Rostov se rappela une conversation étrange qu’il avait eue avec Dolokhov : « Les sots seuls peuvent jouer au hasard, » avait dit alors Dolokhov.

— As-tu peur de jouer avec moi ? prononça Dolokhov, comme s’il devinait la pensée de Rostov ; et il sourit.

À travers ce sourire, Rostov apercevait en lui cette disposition d’esprit dans laquelle il se trouvait lors du dîner au club, et, en général, quand, ennuyé de la vie, Dolokhov sentait le besoin de la secouer par un acte étrange, le plus souvent cruel. Rostov se sentait mal à l’aise ; il cherchait, sans la trouver, la plaisanterie qui répondît aux paroles de Dolokhov. Mais avant qu’il y eût réussi, Dolokhov dévisageait Rostov ; lentement, en séparant les mots, il lui dit de façon que tous pussent l’entendre :

— Tu te rappelles, nous avons causé ensemble