Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/329

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— Vous me devez quarante-trois mille roubles, comte, — dit Dolokhov ; et, en s’étirant, il se levait de la table. — On se fatigue à rester longtemps à la même place.

— Moi aussi, je suis fatigué, dit Rostov.

Dolokhov, comme pour lui rappeler qu’il était inconvenant pour lui de plaisanter, l’interrompit : « Quand ordonnez-vous de toucher l’argent, comte ? »

Rostov rougit et appela Dolokhov dans l’autre chambre.

— Je ne puis te payer tout à la fois. Tu accepteras un billet à ordre ? dit-il.

— Écoute, Rostov, dit Dolokhov en souriant, et regardant Nicolas droit dans les yeux, tu connais le proverbe : « Heureux en amour, malheureux au jeu. » Ta cousine est éprise de toi. Je le sais.

— « Oh ! c’est terrible de se trouver entre les mains de cet homme ! » pensa Rostov.

Rostov comprenait quel coup il porterait à son père et à sa mère en leur avouant cette perte ; il comprenait quel bonheur ce serait de se débarrasser de tout cela ; il comprenait que Dolokhov savait qu’il pouvait le débarrasser de cette honte et de cette douleur, mais qu’il désirait, pour le moment, jouer avec lui au chat et la souris.

— Ta cousine…, voulait dire Dolokhov, mais Nicolas l’interrompit.