Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/339

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme s’il demandait un équipage pour aller en ville, il dit à son père :

— Papa, je suis venu vous trouver pour une affaire, j’ai failli l’oublier… Il me faut de l’argent.

— Tiens, tiens ! — dit le père qui se trouvait dans un état d’esprit particulièrement gai, — je t’ai dit que tu n’en aurais pas assez. Te faut-il beaucoup ?

— Beaucoup — dit Nicolas en rougissant et avec un sourire bébête, négligent, que longtemps après il ne pouvait se pardonner. — J’ai perdu un peu… c’est-à-dire beaucoup… quarante-trois mille roubles.

— Quoi ! avec qui ? Tu plaisantes ! — s’écria le comte, dont le cou et la nuque devinrent cramoisis comme il arrive chez les hommes âgés.

— J’ai promis de payer demain, — dit Nicolas.

— Eh bien !… — prononça le vieux comte en écartant les mains et tombant sans force sur le divan.

— Que faire ! À qui ces choses-là n’arrivent-elles pas, — prononça le fils d’un ton dégagé, hardi, tandis qu’en son âme il se traitait de lâche, qui ne pourrait, de toute sa vie, racheter son crime.

Il voulait baiser la main de son père, demander à genoux son pardon et au lieu de cela, d’un ton négligent et grossier, il disait que ces choses arrivent à chacun.

Le comte Ilia Andréiévitch baissait les yeux en