Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/366

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Ce livre était les évangiles. Ce quelque chose de blanc où brûlait la veilleuse, c’était un crâne humain avec les trous et les dents. Après avoir lu les premières paroles de l’évangile : Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu… Pierre fit le tour de la table et aperçut une grande boîte remplie et ouverte. C’était un cercueil plein d’ossements. Il n’était nullement étonné de ce qu’il voyait. Espérant entrer dans une vie nouvelle toute différente de l’ancienne, il s’attendait à voir des choses encore plus extraordinaires que celles-ci. Le crâne, le cercueil, l’évangile, il lui semblait avoir attendu tout cela et attendre encore davantage. En s’efforçant d’exciter en soi l’attendrissement, il regardait tout autour de lui : « Dieu, la mort, l’amour, la fraternité des hommes, » se disait-il, concentrant en des paroles la représentation vague mais joyeuse de quelque chose.

La porte s’ouvrit ; quelqu’un entra.

À la lumière faible, — Pierre s’y était habitué, — il vit entrer un homme de taille moyenne. Cet homme, en pénétrant de la lumière à l’obscurité, s’arrêta ; ensuite, à pas hésitants, il s’approcha de la table et y appuya ses mains petites, couvertes de gants de peau. Il portait un tablier de cuir blanc qui couvrait sa poitrine et une partie de ses jambes. Autour du cou il avait une sorte de collier derrière lequel sortait une collerette haute, blanche, qui entourait son visage allongé, éclairé du bas…