Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/368

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— Bien, dit Smolianinov qui continua aussitôt avec calme et vite :

— Avez-vous une idée des moyens par lesquels notre ordre vous aidera à atteindre ce but ?

— Je… j’espère… le guide… l’aide… dans la rénovation… prononça Pierre avec un tremblement dans la voix et un effort dans la parole qui provenaient de l’émotion et du manque d’habitude de s’exprimer en russe sur un sujet abstrait.

— Quelle idée avez-vous de la franc-maçonnerie ?

— Je pense que la franc-maçonnerie c’est la fraternité et l’égalité des hommes, dans un but vertueux, dit Pierre, et à mesure qu’il parlait, il avait honte du contraste de ses paroles avec la solennité du moment. — Je pense…

— Bon ! fit hâtivement le rhéteur qui paraissait satisfait de cette réponse. Avez-vous cherché dans la religion des moyens d’atteindre votre but ?

— Non. Je la croyais fausse et ne la suivais pas, prononça Pierre si bas que le rhéteur n’entendit pas et lui demanda ce qu’il disait.

— J’étais athée, répondit Pierre.

— Vous cherchez la vérité pour la suivre dans la vie, c’est-à-dire que vous cherchez la sagesse et la vertu, n’est-ce pas ? — dit le rhéteur après un moment de silence.

— Oui, oui, — confirma Pierre.

Le rhéteur toussota, croisa sur sa poitrine ses mains gantées et se mit à parler :