Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/371

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une amie qui délivre de cette vie de misère l’âme qui a souffert dans ses efforts vertueux et l’introduit dans un lieu de récompenses et de repos.

« Oui, ce doit être ainsi, » pensa Pierre, lorsque, après ces paroles, le rhéteur s’éloigna de lui et le laissa seul à ses réflexions. « Ce doit être ainsi, mais je suis encore si faible que j’aime la vie, dont le sens ne fait que s’entr’ouvrir à moi. » Mais les cinq autres vertus, que se rappelait Pierre en les comptant sur ses doigts, il les sentait toutes en son âme : le courage, la générosité, les bonnes mœurs, l’amour de l’humanité, et surtout la soumission qui se présentait à lui non comme une vertu, mais comme le bonheur. (Il était si heureux, maintenant, de se débarrasser de sa volonté et de la soumettre à ceux qui connaissaient la vérité absolue.) Pierre avait oublié la septième vertu ; il ne pouvait se la rappeler.

Le rhéteur ne tarda pas à revenir pour la troisième fois. Il demanda à Pierre s’il était toujours ferme dans son intention et décidé à se soumettre à tout ce qu’on exigerait de lui.

— Je suis prêt à tout, dit Pierre.

— Je dois vous dire encore que notre ordre enseigne sa doctrine, non par les paroles mais par d’autres moyens qui, sur un vrai récipiendaire de la sagesse et de la vertu, agissent peut-être plus fort que les explications verbales. Ce temple, par sa décoration que vous voyez, doit, si votre cœur