Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/377

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d’en être transpercé. Mais les épées s’écartèrent, et immédiatement on lui remit le bandeau. « Maintenant tu as vu la petite lumière, » lui dit une voix. On ralluma les bougies, et on lui dit qu’il allait voir la pleine lumière. On lui ôta encore une fois le bandeau, plus de dix voix prononcèrent en même temps : sic transit gloria mundi.

Pierre, se ressaisissant peu à peu, regarda la chambre où il était et les hommes qui se trouvaient là. Autour de la longue table recouverte de noir, douze personnes étaient assises ; elles avaient ce même habit qu’il avait déjà vu. Pierre en connaissait quelques-unes appartenant à la société de Pétersbourg. La place du président était occupée par un jeune homme inconnu, qui avait au cou une croix particulière. À droite se tenait l’abbé italien que Pierre avait vu deux années auparavant chez Anna Pavlovna. Il y avait aussi un fonctionnaire très important et un précepteur suisse jadis chez les Kouraguine. Tous, solennellement, gardaient le silence et écoutaient les paroles du président qui tenait à la main un marteau. Une étoile de feu était fixée dans le mur. D’un côté de la table il y avait un petit tapis avec diverses images, de l’autre, quelque chose comme un autel, avec l’évangile et un crâne, et autour de la table, sept grands candélabres semblables à ceux des églises. Deux frères emmenèrent Pierre vers l’autel, et lui mettant les jambes dans la position perpendiculaire lui ordon-