Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/408

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voilà en guerre pour tout de bon, et ce qui plus est, en guerre sur nos frontières avec et pour le roi de Prusse. Tout est au grand complet et il ne nous manque qu’une petite chose, c’est le général en chef. Comme il s’est trouvé que les succès d’Austerlitz auraient pu être plus décisifs, si le général en chef eût été moins jeune, on fait la revue des octogénaires et, entre Prosorofsky et Kamensky, on donne la préférence au dernier. Le général nous arrive en kibik à la manière Souvorof et est accueilli avec des acclamations de joie et de triomphe.

« Le 4 arrive le premier courrier de Pétersbourg. On apporte les malles dans le cabinet du maréchal qui aime à faire tout par lui-même. On m’appelle pour aider à faire le triage des lettres et prendre celles qui nous sont destinées. Le maréchal nous regarde faire et attend les paquets qui lui sont adressés. Nous cherchons. Il n’y en a point. Le maréchal devient impatient, se met lui-même à la besogne et trouve des lettres de l’empereur pour le comte T., pour le prince V. et autres. Alors le voilà qui se met dans une de ses colères bleues. Il jette feu et flamme contre tout le monde, s’empare des lettres, les décachette et lit celles de l’empereur adressées à d’autres. « Ah ! voilà comme on agit avec moi, on n’a pas de confiance en moi ! Et il ordonne de me suivre. C’est bon ! allez-vous-