Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/442

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pondre, prenant cette répétition pour une réponse négative, d’autant plus qu’il connaissait l’athéisme que manifestait autrefois le prince André.

— Vous dites que vous ne voyez pas sur la terre le royaume du bon et de la vérité. Moi non plus je ne le voyais pas et on ne peut pas le voir si on regarde notre vie comme la fin de tout. Sur la terre, précisément sur cette terre (Pierre montrait les champs), il n’y a pas de vérité, tout est mensonge et mal. Mais dans le monde, dans tout le monde, il y a le royaume de la vérité, nous sommes en ce moment les enfants de la terre et éternellement les enfants du monde. Est-ce que je ne sens pas dans mon âme que je fais partie de ce tout énorme, harmonieux ? Est-ce que je ne sens pas que dans cette innombrable quantité d’êtres, où se manifeste la divinité, la force supérieure si vous voulez, je suis un anneau, un degré des êtres inférieurs aux êtres supérieurs. Si je vois clairement cette échelle qui mène de la plante à l’homme, pourquoi donc supposerais-je que cette échelle se termine avec moi et ne mène pas plus loin ? Je sens que non seulement je ne puis pas disparaître, — rien au monde ne disparaît — mais que je fus et serai toujours. Je sens qu’outre moi, au-dessus de moi, vivent des esprits et que dans ce monde il y a la vérité.

— Oui, c’est la doctrine d’Herder, — dit le prince André. — Ce n’est pas elle qui me convaincra. La