Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/441

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le commencement disparaît dans les cieux.

Le prince André, silencieux, regardait devant lui en écoutant Pierre. Plusieurs fois, n’ayant pas bien entendu à cause du bruit de la voiture, il fit répéter Pierre. À l’éclat particulier qui s’allumait dans les yeux du prince André et à son silence, Pierre voyait que ses paroles n’étaient pas perdues, que le prince André ne les interromprait pas, n’en rirait pas.

Ils étaient près de la rivière grossie qu’il fallait passer à bac. Pendant qu’on arrangeait la voiture et les chevaux, ils passèrent sur le bac.

Le prince André appuyé sur la rampe regardait en silence les bords submergés qui brillaient au soleil couchant.

— Eh bien ! qu’en pensez-vous ? Pourquoi ne dites-vous rien ? fit Pierre.

— Qu’est-ce que je pense ? Je t’écoute. Tout cela c’est bien ; tu dis : Entre dans notre fraternité et nous te montrerons le but de la vie et la destinée de l’homme et les lois qui dirigent le monde. Mais qui nous, des hommes ? Pourquoi donc savez-vous tout ? Pourquoi moi seul ne vois-je pas ce que vous voyez ? Vous voyez sur la terre le royaume du bien, de la vérité, moi je ne le vois pas…

Pierre l’interrompit :

— Croyez-vous à la vie future ?

— La vie future ! — répéta le prince André. Mais Pierre ne lui laissa pas le temps de ré-