Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/454

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— Ah ! vraiment. Je ne pensais pas l’offenser. Je comprends si bien et j’apprécie tant ces sentiments.

La princesse Marie le regarda en silence et sourit tendrement.

— Je vous connais depuis longtemps et vous aime comme un frère, — dit-elle. — Comment avez-vous trouvé André ? fit-elle hâtivement sans lui laisser le temps de répondre à ses paroles amicales. Il m’inquiète beaucoup. Sa santé, cet hiver, est meilleure, mais au printemps dernier sa blessure s’est rouverte, et le docteur dit qu’il doit partir se soigner. Et je crains beaucoup pour lui, moralement. Il n’a pas un caractère comme nous, femmes, pour souffrir et pleurer sa douleur. Il la porte en soi. Aujourd’hui il est gai et animé, mais c’est votre présence qui le remonte. Il est rarement comme aujourd’hui. Si vous pouviez le convaincre d’aller à l’étranger ! Il lui faut l’activité et cette vie régulière, douce, le perd. Les autres ne s’en aperçoivent pas, mais moi je le vois.

À dix heures les valets se précipitèrent au perron en entendant les clochettes de la voiture du vieux prince. Le prince André et Pierre sortirent aussi sur le perron.

— Qui est-ce ? demanda le vieux prince quand il sortit de la voiture et aperçut Pierre.

— Ah ! très heureux ? Embrasse-moi ! — dit-il en reconnaissant le jeune homme.