Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/46

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— Des can… ou une sotte !… — prononça-t-il. « Et l’autre manque aussi, on lui a déjà raconté, » pensa-t-il de la petite princesse qui n’était pas dans la salle à manger.

— Où est la princesse, demanda-t-il. — Elle se cache ?

— Elle ne va pas tout à fait bien, répondit mademoiselle Bourienne en souriant gaiement. — Elle ne sortira pas. C’est bien compréhensible, dans sa position.

— Hum ! cr !… cr !… cr !… fit le prince en s’asseyant à table. L’assiette ne lui parut pas propre, il indiqua une tache et la jeta. Tikhone l’attrapa et la remit au sommelier.

La petite princesse n’était pas indisposée, mais elle avait tellement peur du prince, qu’ayant su qu’il n’était pas de bonne humeur elle s’était décidée à ne pas descendre.

— Je crains pour l’enfant, disait-elle à mademoiselle Bourienne. Dieu sait ce que peut produire la peur.

En général, la petite princesse vivait à Lissia-Gorï dans un sentiment perpétuel de peur et d’antipathie envers le vieux prince, dont elle ne se rendait même pas compte, car la peur était si impérieuse, qu’elle ne pouvait même la sentir. Du côté du prince il y avait aussi de l’antipathie, mais étouffée par le mépris.

À Lissia-Gorï, la petite princesse aimait sur-