Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/461

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Le régiment de Pavlograd n’avait perdu dans les engagements que deux blessés, mais par la faim et la maladie il avait perdu presque la moitié des hommes. Dans les hôpitaux, la mortalité était si grande que les soldats, malades de fièvre et de l’inflammation due à la mauvaise nourriture, préféraient servir, bien qu’ils eussent beaucoup de peine à se traîner dans les rangs, que d’aller à l’hôpital. Au commencement du printemps, les soldats découvrirent une plante qui sortait de terre et ressemblait à l’asperge, et, on ne sait pourquoi ils l’appelèrent « la racine douce de Macha ». Ils se répandaient dans les champs et les prairies pour chercher cette racine douce (elle était très amère) ; ils l’arrachaient avec leurs sabres et la mangeaient malgré la défense de manger cette plante nuisible.

Au printemps, une nouvelle maladie sévit parmi les soldats : l’enflure des bras, des jambes et du visage, que les médecins attribuèrent à cette racine.

Cependant, malgré la défense, les soldats de Pavlograd, de l’escadron de Denissov, mangeaient cette racine, car depuis deux semaines on rationait les derniers biscuits, une demi-livre par homme, et les pommes de terre envoyées dans le dernier convoi, étaient gelées et germées. Depuis deux semaines les chevaux ne se nourrissaient que des toits de paille des maisons et étaient effroyablement maigres et couverts de petites touffes de poils d’hiver.