Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/462

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Malgré cette misère, soldats et officiers vivaient comme toujours ; maintenant, avec leurs visages pâles, bouffis, leurs uniformes déchirés, les hussards s’arrangeaient, s’astiquaient, nettoyaient les chevaux, les effets, traînaient de la paille pour la nourriture des chevaux et allaient manger à la gamelle d’où ils revenaient affamés en plaisantant sur leur mauvaise chère et leur faim. Maintenant, comme toujours, pendant le temps libre du service, les soldats allumaient des bûchers, se chauffaient nus près du feu, fumaient, cuisaient les pommes de terre gelées et pourries et racontaient ou écoutaient les récits des campagnes de Potemkine et de Souvorov, ou des récits merveilleux sur Aliocha le malin, ou Mikolka, l’ouvrier du Pope.

Les officiers aussi, comme à l’ordinaire, vivaient par deux ou trois dans des maisons sans toiture, à demi détruites. Les supérieurs se souciaient de l’acquisition de paille et de pommes de terre, en général des moyens de nourrir les hommes ; les inférieurs, comme toujours, tantôt jouaient aux cartes (s’il n’y avait pas d’approvisionnement, il y avait beaucoup d’argent), ou à des jeux innocents ; au criquet et aux quilles. On causait peu de la marche générale des affaires, soit parce qu’on ne savait rien de positif, soit parce qu’on sentait vaguement que la tournure générale de la guerre était mauvaise.