Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/471

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Le médecin du régiment déclara qu’une saignée était nécessaire. Une assiettée de sang noir sortit du bras velu de Denissov, et seulement alors il fut en état de raconter ce qui lui était arrivé :

— J’a’ive. « Eh bien ! où est le chef ? » On me l’indique… « Ne voulez-vous pas attend’e ? » — « J’ai mon se’vice, je viens de t’ente ve’stes ; je n’ai pas le temps, annonce. » Bon. Le chef de ces voleu’s pa’aît. Il a pensé aussi m’app’end’e : — « C’est un b’igandage ! » — « Le b’igand, dis-je, n’est pas celui qui p’end des p’ovisions pou’ donner à ses soldats, mais celui qui p’end pou’ mett’e dans sa poche !» — « Alo’s vous ne voulez pas vous tai’e ? » Bon. « Signez chez le commissionnai’e et votre affai’e suiv’a la voie hié’a’chique. » — « Je vais chez le commissionnai’e. J’a’ive devant la table… Qui est là ?… Mais, pense un peu ! Qui nous affame ! » cria Denissov en frappant si fort sur la table de son bras malade, qu’il faillit la renverser, et que le verre qui était là tomba. « Télianine ! ! » — « Comment, c’est toi qui nous fais jeûner ! Une, deux, pan sur la gueule ! Ça a bien po’té… Ah ! Et je l’ai fait ’ouler. Je peux di’e que je m’en suis payé ! cria Denissov en montrant ses dents blanches, menaçantes derrière ses moustaches noires. — Je l’au’ais tué si on ne me l’avait pas a’aché. »

— Mais pourquoi cries-tu ? Calme-toi, — fit Rostov. — Tiens, le sang coule de nouveau. Attends, il faut te panser.