Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/477

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— Elles sont chez Makhar Alexéiévitch, dit l’infirmier. Mais allez, s’il vous plaît, dans la chambre des officiers, là, vous verrez vous-même, ajouta-t-il, s’adressant à Rostov.

— Eh ! petit père, mieux vaut n’y pas aller, autrement prenez garde d’y rester vous-même, fit le docteur.

Mais Rostov salua le docteur et demanda à l’infirmier de l’accompagner.

— Prenez garde ; ne me faites pas de reproches ! — cria le docteur, du bas de l’escalier.

Rostov entrait dans le couloir avec l’infirmier. L’odeur d’hôpital était si forte dans ce couloir sombre que Rostov se bouchait le nez et devait s’arrêter pour reprendre des forces avant d’aller plus loin. Une porte s’ouvrit à droite, et de là, parut, s’appuyant sur des béquilles, un homme maigre, jaune, pieds nus, seulement dans du linge. Appuyé au chambranle de la porte, il regardait les passants avec des yeux brillants et curieux.

Rostov jeta un coup d’œil dans la porte et aperçut que les malades et les blessés étaient couchés là-bas sur le sol, sur la paille et sur les capotes.

— Peut-on y entrer pour regarder ? — demanda Rostov.

— Que regarder ? — dit l’infirmier. Mais précisément parce que l’infirmier ne paraissait pas désirer qu’il entrât, Rostov pénétra dans la chambre des soldats. L’odeur, à laquelle il s’était enfin ha-