Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/478

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bitué dans le corridor, ici, était encore plus forte ; ici elle était un peu différente, elle était plus concentrée, et il était évident qu’elle venait précisément de là.

Dans une longue chambre vivement éclairée par le soleil qui pénétrait par deux grandes fenêtres, les malades et les blessés, la tête tournée vers le mur, étaient couchés sur deux rangs laissant entre eux un passage. La plupart étaient sans conscience et ne firent pas attention à ceux qui entraient. Ceux qui avaient leur connaissance se dressèrent ou levèrent leurs visages amaigris, jaunes, et tous, avec la même expression, expression de l’espoir en un secours, de reproche et d’envie pour la santé d’un autre, ne quittaient pas des yeux Rostov. Rostov s’avança au milieu de la salle, regarda dans les portes des chambres voisines, entr’ouvertes, et, de deux côtés, vit la même chose. Il s’arrêta et regarda en silence autour de lui. Il ne s’attendait point à ce spectacle. Devant lui, presque dans toute la largeur du passage, un malade était allongé sur le sol. Ce devait être un Cosaque, car ses cheveux étaient coupés en rond. Il était couché sur le dos, ses jambes et ses bras énormes écartés. Son visage était rouge, cramoisi, les yeux tout tournés, si bien qu’on n’en voyait que le blanc, et les veines de ses pieds et de ses mains encore rouges, étaient tendues comme des cordes. Il se frappa la nuque