Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/488

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des empereurs, et Boris sentait que sa situation en était tout à fait affermie. Non seulement on le connaissait mais on le regardait bien, on s’habituait à lui. Deux fois il fut chargé de commissions pour l’empereur lui-même, si bien que l’empereur le connaissait de vue et que tout l’entourage, au lieu de l’éviter, comme auparavant, le regardait comme un nouveau personnage, et eût été étonné qu’il ne le fût pas.

Boris vivait avec un autre aide de camp, le comte polonais Gilinsky. Gilinsky, polonais élevé à Paris, était riche, aimait passionnément les Français, et presque chaque jour, à Tilsitt, les officiers français de la garde et de l’état-major général venaient déjeuner avec lui et Boris.

Le 24 juin au soir, le comte Gilinsky offrait un souper à ses connaissances françaises. L’hôte d’honneur était l’aide de camp de Napoléon, avec lui, quelques officiers de la garde française, et un tout jeune homme appartenant à une vieille famille aristocratique française, un page de Napoléon.

Ce jour même, Rostov, profitant de l’obscurité afin de ne pas être reconnu arrivait en civil, à Tilsitt à l’appartement de Gilinsky et de Boris.

Chez Rostov, comme dans toute l’armée d’où il venait, ce revirement qui avait lieu au quartier général où était Boris, en faveur de Napoléon et des Français, ne s’était pas encore produit. Tous, dans l’armée, continuaient à éprouver le sentiment