Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/487

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Le général, en souriant, lui frappa l’épaule.

— Tu iras loin, lui dit-il, et il l’emmena avec lui.

Boris était des rares personnes qui, sur le Niémen, assistèrent à l’entrevue des empereurs. Il vit les radeaux blasonnés, le passage de Napoléon sur l’autre rive, la garde française, le visage pensif de l’empereur Alexandre, pendant que, silencieux, il était dans l’auberge au bord du Niémen, attendant l’arrivée de Napoléon. Il vit les deux empereurs s’asseoir dans le canot et comment Napoléon, débarquant le premier, s’avancait à pas rapides vers Alexandre, lui tendait la main et disparaissait avec lui dans le pavillon. Depuis son entrée dans les hautes sphères, Boris avait acquis l’habitude d’observer attentivement ce qui se passait autour de lui et de le noter. Pendant l’entrevue de Tilsitt il s’enquit des noms des personnages venus avec Napoléon, des uniformes qu’ils portaient et écouta attentivement les paroles prononcées par les hauts personnages.

Au moment où l’empereur pénétra dans le pavillon, il consulta sa montre, et n’oublia pas de le faire de nouveau quand Alexandre en sortit. L’entrevue dura une heure cinquante-trois minutes. Il inscrivit cela, le soir même, avec les autres faits, qu’il sentait avoir une importance historique. Comme la suite de l’empereur était peu nombreuse, pour un homme qui tient à faire son chemin, c’était très important de se trouver à Tilsitt lors de l’entrevue