Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/49

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la table. Il considérait sa vie comme un plaisir ininterrompu que quelqu’un, on ne sait pourquoi, se chargeait de lui donner.

Maintenant, il considérait de la même façon son voyage chez le vieillard méchant et chez la riche et laide héritière. Selon ses idées, tout cela pouvait être très bien et très amusant. « Et pourquoi donc ne pas se marier si elle est très riche ? L’argent ne gâte jamais, » pensait Anatole.

Il se rasa, se parfuma avec le soin et l’élégance coutumières, et avec une expression à lui spéciale, bon enfant, conquérante, portant haut sa belle tête, il entra dans la chambre de son père. Deux valets de chambre s’agitaient autour du prince Vassili et l’habillaient. Lui-même, avec animation, regardait alentour et quand son fils entra il le salua gaîment d’un air de dire : Oui, c’est ça, il me faut t’avoir comme ça !

— Non, sans plaisanterie, père : est-elle donc si laide ? hein ? demanda t-il comme s’il continuait une conversation abordée maintes fois pendant la route.

— Tais-toi ! des bêtises ! Tâche surtout d’être respectueux et sage avec le vieux prince.

— S’il me reçoit mal, je m’en irai, fit Anatole. — Je déteste ces vieillards, hein !

— Souviens-toi que tout ton avenir est en jeu.

Cependant à la chambre des bonnes on connaissait non seulement la nouvelle de l’arrivée du mi-