Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/497

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— Qui êtes-vous ? Officier ?

— Lieutenant, comte Rostov.

— Quelle audace ? Donnez par voie hiérarchique. El allez-vous-en… — Et il vêtit l’uniforme que lui tendait le valet de chambre.

Rostov sortit de nouveau dans le vestibule, et vit que sur le perron il y avait déjà beaucoup d’officiers et de généraux en uniformes de gala, devant qui il devait passer.

Maudissant son audace, tremblant à la pensée qu’à chaque instant il pouvait rencontrer l’empereur, avoir honte devant lui et être envoyé aux arrêts, comprenant toute l’inconvenance de son acte et le regrettant, Rostov, les yeux baissés, se faufilait dehors, à travers la suite brillante, quand une voix connue l’appela et une main l’arrêta.

— Vous, mon cher ! Que faites-vous ici en civil ? lui demanda quelqu’un à voix basse.

C’était le général de cavalerie, l’ancien chef de division où servait Rostov, qui dans cette campagne avait mérité la faveur particulière de l’empereur.

Rostov, effrayé, commença à se justifier, mais en apercevant le visage jovial et plaisant du général, se mettant un peu en côté, il lui raconta toute l’affaire et lui demanda d’intercéder pour Denissov qu’il connaissait. Le général, après avoir écouté Rostov, hocha gravement la tête.